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L'espace et les armées boostent la télémédecine

Quel rapport y a-t-il entre la conquête spatiale et l’imagerie par résonance magnétique, une pompe cardiaque miniaturisée pour les patients en attente d’une greffe du cœur ou encore un traitement contre les tumeurs à l’aide de diodes électroluminescentes ?

Le transfert de technologies ! Aujourd’hui, on vous explique comment fonctionne cette pratique.

Retrouvez les deux premiers articles sur la télémédecine : 

 

Publié le 10.01.19 - Télémedecine

On ne s’en doute pas mais plusieurs grandes innovations en technologies médicales sont issues des technologies inventées dans le cadre de la conquête spatiale ou directement des expériences effectuées en apesanteur à 400 km au-dessus de nos têtes. Je n’en citerai que quelques-unes mais cela suffit déjà à se rendre compte de l’importance de ces travaux.

Les origines de l'imagerie par résonance magnétique (IRM)

Si vous avez déjà dû passer une IRM, n’hésitez pas à remercier les ingénieurs du programme Apollo qui, dans les années 60, avaient besoin d’améliorer la qualité des photographies de la surface lunaire en vue de mieux préparer les atterrissages des futures missions. C’est par le traitement numérique des images (traitement assisté par ordinateur) que les ingénieurs ont pu obtenir une meilleure résolution de la surface de notre satellite naturel. Les recherches ont par la suite permis de grandement perfectionner cette technologie pour l’adapter au domaine médical .

De la conquête spatiale à la recherche dans l'espace

Mais les innovations médicales peuvent aussi être le résultat de la recherche scientifique dans les stations spatiales ou dans les véhicules orbitaux comme les navettes désormais à la retraite.

Ce sont des expériences réalisées à bord des navettes spatiales de la NASA visant la croissance des plantes qui ont permis d’améliorer la technique appelée thérapie photodynamique. Elle permet d’activer une molécule dénommée porfimère sodique qui possède des propriétés cytotoxiques, c’est-à-dire qui inhibent certaines fonctions des cellules (comme la division cellulaire ou mitose) sous l’action d’une source lumineuse.

La NASA a ainsi développé une nouvelle technique de thérapie photo dynamique utilisant des diodes électroluminescentes plutôt qu’un laser, favorisant une pénétration plus profonde de la lumière pour activer la molécule cytotoxique tout en réduisant le risque de dégâts collatéraux infligés par les lasers aux tissus sains.

Recherche spatiale & télémédecine

Fruit de la combinaison entre les technologies de l’information permettant des taux de transferts élevés de données d’une part et la technologie spatiale d’autre part, la télémédecine a logiquement émergé quand les équipes au sol ont dû assister les premiers hommes dans l’espace avec les programmes Vostok, Mercury ou encore Apollo. En effet, avec des vitesses orbitales de 28.000km/h à 400km au-dessus du plancher des vaches, impossible d’envoyer un chirurgien ou un médecin rapidement en cas de problèmes de santé majeurs et encore moins à 380,000km de la Terre, c’est-à-dire sur la Lune.

C’est ainsi que depuis plusieurs décennies, la NASA, l’agence spatiale russe Roscosmos, l’ESA en Europe et le CNES en France ont mis en place des partenariats avec des institutions de recherche et des universités afin de transférer les technologies spatiales de médecine à distance à la médecine sur Terre.

On le voit, une part importante de l’innovation en santé est intimement liée à l’exploration de l’espace qu’il soit proche ou lointain.

Il est certainement difficile de quantifier le retour d’investissement apporté par la recherche spatiale dans le secteur de l’innovation en santé, mais une chose est certaine : il est nécessairement positif.

On pourra lire à ce sujet un article paru en avril 2001 dans la revue Telemedicine Journal and e-Health et qui traite de l’évolution de la télémédecine dans l’espace et de ses retombées technologiques sur Terre. •

Par ailleurs la NASA a créé un portail permettant de parcourir une base de données répertoriant les retombées technologiques (NASA spinoff) de ses activités, notamment en santé/médecine.

Télémédecine & Armée :  la poursuite de 300 ans d’histoire de France

L’Édit signé par Louis XIV le 17 janvier 1708 est l’acte de naissance reconnu du Service de santé des armées. Il crée les charges de médecins et de chirurgiens dans les armées. Il officialise une organisation étatique visant à assurer la cohérence du système de prise en charge des blessés et des malades militaires.

Pierre-François Percy (1754-1825) propose la création d’un corps de brancardiers d’ambulance. Il accroît la mobilité des équipes chirurgicales en créant les ambulances chirurgicales mobiles.

Dominique Larrey (1766-1842) revendique la paternité des « ambulances volantes » qui apparaissent en 1797. Trois lignes de soutien sanitaire sont organisées dans la profondeur à l’arrière des combats. La priorité de traitement fait son apparition. Il est le père de la médecine d’urgence.

René-Nicolas Desgenettes (1762-1837) quant à lui ,tente d’apporter un soin particulier à l’hygiène des troupes en campagne et à la prévention des épidémies.

Mais ce sont les désastres sanitaires des campagnes de Crimée, d’Italie puis de France en 1871, qui permettent des réformes profondes en 1882 et 1889. Elles accordent l’autonomie technique puis administrative au Service de santé dont le potentiel d’innovation et de réalisation est enfin libéré.

L’inadaptation aux conditions de la Grande Guerre est totale et le désastre sanitaire des premiers mois oblige le service de santé à procéder à une vaste réorganisation dès septembre 1914.

Depuis, le service de santé a sans cesse proposé des solutions conceptuelles ou matérielles pour porter sur le champ de bataille toutes les possibilités offertes par la médecine.

Il est ainsi parvenu aujourd’hui à construire une chaîne de prise en charge thérapeutique, cohérente, continue et s’adaptant sans cesse aux besoins des forces.

Comme on l’a vu dans l’épisode 1, le service radio médical des armées fut créé en 1948 et s’est étendu progressivement à tous nos bâtiments.

Pour la petite histoire (il en faut parfois dans les grandes), en 1973 j’ai personnellement, servant alors à bord du PA Clemenceau, pratiqué mes premiers actes de télé médecine au profit de marins de la frégate Duquesne, dans le but de coordonner des EVASANS avec un contact téléphonique avec le médecin du bord et les blessés.

Prenons l’exemple de l’assistance médico-chirurgicale de théâtre d’opérations : dès 1995 un système fonctionnait en utilisant une transmission satellitaire entre cinq bâtiments de la Marine, les terres australes et l’Hôpital d’Instruction des Armées de Toulon. Des transferts de fichiers ou de radiographies numérisées furent réalisés dès cette époque. Puis sont apparus des transferts de fichiers ou d’images par transmission militaire ou par messageries interne ou Internet. La visio-conférence est devenue possible assurant un dialogue tout en visualisant le champ opératoire entre deux chirurgiens distants dès 2001.

Dès 2007, le service de santé des armées a travaillé avec les sociétés ETIAM et CASSIDIAN et la DGA a retenu la plateforme de télémédecine ETIAM Connect qu’elle exploite en opérationnel depuis 2015 dans le cadre du projet TELIM.

Télim permet à un médecin en opération à l'étranger de faire une demande de télé-interprétation à un expert dans un hôpital militaire en métropole, sur la base d'un examen d'imagerie et d'un contexte clinique ou d'un compte-rendu du radiologue.

L’offre va plus loin. Les workflows sont plus complexes, car des experts de spécialités différentes peuvent être sollicités en parallèle sur un même cas et travailler en coopération. La solution prévoit aussi la mise en place d'un planning d'astreinte et de routage vers les hôpitaux.

La mise en œuvre de cette plateforme a permis de relier via les réseaux de transmissions militaires satellitaires, les experts médicaux des neuf hôpitaux militaires métropolitains français (Paris, Metz, Saint-Mandé, Clamart, Brest, Lyon, Bordeaux, Marseille et Toulon) avec les personnels médicaux militaires stationnés en opérations extérieures, en Outre-mer, sur certains bâtiments de la Marine Nationale et sur une dizaine de sites prépositionnés à travers le monde.

Cette liaison sur le terrain offre aux personnels en mission un meilleur soutien et une qualité de données médicales égale à celle disponible en métropole et la maîtrise complète du domaine santé (en termes de métiers et d’organisation) au sein des forces armées.

La télémédecine militaire, bien proche de son homologue civile pour en appliquer les règles déontologiques et de bonnes pratiques, présente toutefois des particularités. La première et non des moindres est l’obligation de se plier à une intégration au fonctionnement de la manœuvre militaire. Ainsi l’utilisation des moyens de communications mis à disposition par le commandement peut interdire l’usage des derniers outils et moyens développés par les industriels civils du domaine. L’intégration aux Systèmes d’Information et de Communication (SIC) des armées, l’emploi de systèmes éprouvés, l’échange d’informations selon un formatage militaire (messages réglementaires, compte rendu de situations sanitaires), le respect des règles d’accès et d’usage des communications militaires (cryptage, horaire de vacations, silence radio…) rendent encore plus complexe la création d’un réseau de télémédecine militaire

Inversement, la télémédecine militaire peut tirer parti des télécommunications hautement sécurisées délivrées par les Armées. L’archivage de données médicales, les circonstances de survenue d’une blessure et d’une maladie doivent être rigoureusement effectués pour la préservation des droits de la personne. La télémédecine doit également prendre en compte l’ensemble de la logistique santé militaire (gestion des stocks, ravitaillement et approvisionnement sanitaire), se fondre à la manœuvre militaire et participer pour la part santé aux opérations militaires. S’y ajoutent aussi les contraintes liées au contexte des missions, à la géographie et au climat des zones d’intervention, à l’environnement hostile. C’est en quelque sorte une véritable capacité santé opérationnelle qui doit être fournie au commandement et aux troupes engagées [2].

L’évolution des missions des forces armées, la recherche de l’adéquation entre les ressources matérielles et humaines ont donné à la télémédecine un rôle majeur dans la réponse aux problèmes soulevés par le soutien santé des forces en opérations. En fournissant, à distance et sans délais des conseils d’experts, la télémédecine permet d’assurer la prise en charge totale des militaires blessés ou malades. Elle participe également à rendre l’isolement des personnels soignants moins contraignant. De plus, elle s’intègre dans un véritable système de systèmes comprenant aussi bien la surveillance épidémiologique que la gestion des évacuations sanitaires, le conseil

L'OTAN a, de son côté, mis au point un système multinational de télémédecine, qui permet à des médecins spécialistes de conseiller, à distance et en temps réel, des primo-intervenants se trouvant en zone de crise ou de combat. Le vendredi 24 février 2017, une conférence de haut niveau s'est tenue au siège de l'OTAN pour marquer l'achèvement de ce projet ayant reçu l'appui du programme OTAN pour la science au service de la paix et de la sécurité.

The NATO Science for Peace and Security (SPS) Programme is supporting the development of a multinational telemedicine system. During the EADRCC field exercise Ukraine 2015 in Lviv, the telemedicine project was demonstrated and tested “ 

 « Face à une catastrophe, la télémédecine permet d'éliminer la barrière de la distance et d'améliorer l'accès, même dans des zones reculées, à des services médicaux qui, souvent, ne sont pas disponibles sur le terrain », a expliqué M. l'ambassadeur Sorin Ducaru, secrétaire général adjoint de l'OTAN pour les défis de sécurité émergents.

Grâce à la télémédecine, des praticiens se trouvant dans différentes régions du monde peuvent, à distance, examiner des patients, poser des diagnostics et donner des recommandations en temps réel. Dotés d'appareils portatifs adaptés, les primo-intervenants peuvent se connecter au système pour recevoir, sur le lieu d'intervention, les conseils de spécialistes.

Lancé en 2013, ce projet a été mené par des scientifiques et autres experts de deux pays de l’alliance (Roumanie et USA), et de pays partenaires ( Finlande, République de Moldova et Ukraine). Alliés et partenaires ont fourni des équipements de pointe, comme des kits de connexion et des panneaux solaires, et ont formé des experts. L'Agence OTAN d'information et de communication (NCIA) a mis à disposition des experts des technologies de la communication.

 BIBLIOGRAPHIE

[1] COMTET G., FEUNTEUN R., MENU J-P. — Propositions pour une approche socio-technique du concept de télémédecine militaire. Médecine & Armées,2003, 30 , 5.

[2] SHANNON G., NESBITT T., BAKALAR R., KRATOCHWILL E., KVEDAR J., VARGAS L. — Organizational models of Telemedicine and regional telemedicinenetworks. Telemedicine Journal and e-health, 2002, 8 , 1, 61-70.

[3] DARCY S., PAVARD B. — Apport de la télétransmission de données multimédia pour la coopération lors de diagnostics médicaux d’urgence.In : Mélier B, Quéinnec Y, editors. Communication et Travail. Toulouse : Octarès, 2000, 1017-76.

[4] THOMPSON J., OTTENSMEYER M., SHERIDAN T. — Human factor in telesurgery : effect of time delay and asynchrony in video and control feedback with local manipulative assistance.

Telemedicine Journal, 1999, special issue: human factors in telemedicine, 5 , 2, 129-37.

[5] RASCHE J. — An introduction to human factors: the CTA experience.

Telemedicine Journal and e-health , 2001, 7 , 2, 119-56.

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